J’ai toujours bien aimer les terraces. Ce dernier étage d’un bâtiment où, en franchissant l’escalier le plus haut, une porte s’ouvre sur un monde caché, voir magique. Immédiatement je suis atteint par un panorama singulier : un boubou bleu ciel effleurée par le vent, un carrelage ad hoc qui reflète le mosaïque de toits qui se répand sur l’horizon, et le refrain du muezzin, qui se dissimule à la nuit imminente.
Je pense que, dans tous les temps et dans toutes les villes, les terraces occupent une place spéciale dans l’univers des êtres humains. Non seulement celles-ci démarquent la séparation entre l’espace terrénal que nous habitons et le au-delà, mais aussi elles livrent une perspective sur une ville et sur les gens qu’ils y habitent.
Ces jours-ci je peux dire que j’ai le privilège d’assister, dès ma terrace, à la routine quotidienne d’un peuple extrêmement consistant. Un peuple pour qui, par exemple, l’accouchement de la femme du boutiquier du coin demande la présence collective du quartier au ngénte, ou baptême.
Par contre il va de soi que, ce qui paraît être de ma terrace la simple cuisson d’un couscous matinale entre femmes, vu d’un œil expérimenté, représentera beaucoup plus. C'est-à-dire que la perspective d’en haut n’assure pas la compréhension basique. Car c’est ce couscous la, préparé soigneusement par les voisines avec du lait caillé, qui fourrera les ventres de ceux qui viendront témoigner ce rite de passage.
Je profite de ce moment pour partager un passage, partagé avec moi récemment par un collègue, de l’auteur Italo Calvino. Il nous rappelle dans son livre Les Villes invisibles que, « Les villes sont un ensemble de beaucoup de choses: de mémoires, de désirs, de signes d’un langage; les villes sont des lieux d’échanges, comme l’expliquent tous les livres d’histoire économique, mais ce ne sont pas seulement des échanges de marchandises, ce sont des échanges de mots, de désirs, de souvenirs. »
Ici j’ajouterai seulement que les terraces peuvent servir de dictionnaire à l’observateur d’une ville. Chaque crépuscule, je consulte à partir de ma terrace. Je discerne des éléments dissociés et je tente de les rassembler dans un syntaxe urbain : ces mots, ces désirs, et ces événements (qui bientôt deviendront des souvenirs) représentent les noms, les adjectifs, et les verbes du jour à jour de cette ville,
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